Lire : Miyoko Matsutani
Pourquoi lire?
Le pouvoir des livres
Se familiariser avec d’autres cultures est le meilleur moyen d’ouvrir son esprit, d’élargir sa vision du monde. Vivre pendant des centaines de pages dans la peau de personnes d’autres pays, d’autres temps, voire même d’autres univers, voici ce que permet la littérature. Partager les pensées, émotions et réflexions de personnes différentes. Fermer la dernière page et méditer sur tout ce que l’on y a appris, que l’on soit ou non en accord avec, est une activité vitale pour mieux comprendre autrui.
Les librairies et bibliothèques sont les seules portes d’accès à un savoir universel et multiculturel. Elles doivent être soutenues et enrichies d’œuvres en tout genre, de toutes origines et de toutes opinions. D’autant plus à une époque où les échanges et l’accès à l’information ne se font plus que sous contrôle d’algorithmes, régis par des agendas politiques ou commerciaux, limitant drastiquement la variété des contenus et peu soucieux de leur qualité morale ou intellectuelle.
Veut-on vraiment confier les générations futures à des multinationales qui considèrent les jeunes comme des chiffres d’affaires potentiels ambulants, des « cibles » à « toucher » à tout prix, quitte à les rendre dépendants et affecter leur santé mentale ? Leur éducation peut-elle se faire seulement avec des technologies limitant les développements cognitifs et imposant l’idéologie unique de leurs concepteurs ?
Dans ce contexte, je propose de vous inviter à découvrir régulièrement des livres qui questionnent le monde, offrent des témoignages ou pensées importantes pour l’humain et son environnement, et/ou proposent des pistes de réflexion. Cette semaine, je vous invite donc à découvrir un extrait de Lettres à Anne Frank, écrit par Miyoko Matsutani et illustré par Agnès Molnar:
Résumé & analyse du livre
Yuhko se confie à une autre petite fille dont sa mère, Fukiko, préoccupée par la crainte d’une nouvelle guerre et hantée par les souvenirs de la dernière, lui a parlé. Il s’agit d’Anne Frank, qui avait son âge quand elle est morte. Mère et fille rédigent alors chacune leur journal et nous invitent à découvrir la violence et la discrimination à travers les yeux de deux personnes japonaises de générations différentes.
Ce livre ferait une bonne lecture scolaire en Europe, car il est primordial de comprendre au plus tôt que la guerre est subie par tous les peuples, en particulier, par leurs enfants, même ceux que l’on nous apprend plutôt à considérer comme « étrangers », ou (plus ou moins actuels) « ennemis ».
Un conte préoccupe la protagoniste tout le long du livre. Il relate l’histoire d’un ogre réclamant ses yeux à l’homme dont les parents lui ont pris jadis. Il s’agissait d’une punition pour sa cruauté passée. L’ogre estime cependant avoir assez souffert pour ses crimes et mériter qu’on lui rende. Le fils refuse, préférant subir la violence de l’ogre que de lui faire confiance. Sa femme, craignant pour la vie de son mari, décide de rendre les yeux volés.
Dans le conte original, l’ogre, satisfait, quitte ce monde et le couple vit heureux. Yukho trouve cette fin dérangeante. Elle pense qu’il faudrait mieux écraser les yeux de l’ogre que lui rendre, de peur qu’il domine le monde de sa cruauté sinon, plutôt que de le quitter.
Si ces craintes sont compréhensibles, et à priori partagées par l’auteure du livre, l’Histoire ne leur donne cependant pas raison. Il a même été argumenté que si les vainqueurs de la première guerre mondiale n’avait pas autant étranglé l’Allemagne économiquement, si les mesures n’avaient pas été aussi punitives sur le long terme, celle-ci aurait moins été prône à tomber dans la dictature et la violence.
La limite entre sagesse et folie, entre justice et rancune n’est pas toujours si claire. Et vous, qu’en pensez-vous ? Auriez-vous rendu les yeux à l’ogre ? Pourquoi ? A quelles conditions ?
Miyoko Matsutani, Lettres à Anne Frank
C’est une chose effrayante que deux individus ressentent une telle haine vis-à-vis l’un de l’autre. Et quand cela arrive entre deux nations ou deux peuples, cette haine exhale du feu et le sang coule.
Encore plus effrayante est la façon dont les hommes excitent ces haines irrationnelles, les utilisent, les organisent.
La graine de la haine une fois jetée dans les airs empoisonne même les cœurs de ceux qui ne savent rien d’elle et ils pensent alors que là, devant eux, est apparue la racine de tous les maux.
Une haine irrationnelle se fixe dans l’esprit; elle apparaît justifiée; c’est alors que naît la discrimination. On va jusqu’à oublier que l’autre personne est un être humain.
L’Allemagne nazie ne considérait pas les juifs comme des êtres humains. Elle croyait même qu’en exterminant les juifs, l’Allemagne, le monde en fait, serait plus heureux. C’est pour cela que les nazis purent envoyer jusqu’à dix mille personnes par jour dans les chambres à gaz d’Auschwitz.
Pensez! Combien y a-t-il d’étudiants en tout dans cette école? Essayez d’imaginer combien d’écoles comme celle-ci seraient nécessaires pour faire dix mille personnes !
Sources & lectures supplémentaires
Procès de Meta & documents internes compromettants:
- Medianama
Decoding Meta’s Teen Engagement Strategy Through Internal Documents Revealed In Landmark US Trial - France Info
« Une victoire historique » : Meta condamnée aux Etats-Unis pour mise en danger de mineurs sur ses plateformes
IA: désinformation, problèmes éthiques et troubles cognitifs
- Futurism
Analysis Finds That Google’s AI Overviews Are Providing Misinformation at a Scale Possibly Unprecedented in the History of Human Civilization - L’ONU alerte sur l’exploitation de l’IA à des « fins purement politiques ou économiques » :
L’IA doit reposer sur l’inclusion, la responsabilité et des règles, estime Volker Türk - Polytechnique, Ioan Roxin
IA générative : le risque de l’atrophie cognitive - France Info, Nicolas Arpagian
Le recours systématique à l’intelligence artificielle générative détériorerait les facultés cognitives permettant l’esprit critique
Réseaux sociaux & algorithmes : idéologies, biais
- Sitra
Algorithms and democracy: How social media shapes young Europeans’ worldviews - Daniel S. Lacerda and Rita de Cássia T. Santos
The Role of Social Network Platforms for Discursive Legitimation: Unveiling Neoliberalism Behind the Discourse on Public Universities - Open Edition Journal, Noudjoud Boukhennoufa
Technographismes et manipulation de l’esprit dans la communication numérique : quand les biais cognitifs s’invitent ! - Le Monde
Les réseaux sociaux sont une arme politique de destruction massive - Science Po Recherche
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